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Le Kosovo, une destination touristique en plein essor

Bien qu’encore méconnu, le plus jeune pays des Balkans attire de plus en plus de touristes d’Europe de l’ouest. Mais si le secteur est en pleine croissance, il reste insuffisamment régulé.

Dans leurs bureaux, situés au Centre d’innovation du Kosovo, Quentin Billon, 26 ans, et Allan Huet, 25 ans, semblent un peu débordés. Et pour cause, les deux collègues doivent gérer et organiser de nombreux voyages à travers les Balkans. Ces deux Bretons ont monté en 2018 l’agence de voyage Breath in Agency, à Pristina. Ils proposent à leurs clients des « tours » dans plusieurs pays tels la Macédoine, la Croatie ou encore le Kosovo.

« Le nombre de réservations pour le Kosovo est croissant. L’année dernière, on a eu une cinquantaine d’excursions », explique Quentin Billon. La raison d’un tel succès ? L’envie de partir à l’aventure. « C’est un pays sur lequel on a peu d’informations. Aller au Kosovo, c’est intéressant, les gens sont curieux, justifie-t-il. La région balkanique et le Caucase, ce sont un peu les derniers bastions inconnus de l’Europe occidentale ».

Des chiffres à prendre avec des pincettes

En 2018, le nombre de visiteurs étrangers a grimpé de 19% par rapport à l’année précédente, selon l’Agence de statistiques du Kosovo. Entre 2010 et 2018, ils sont passés de 34.382 personnes à 192.761. En huit ans, le secteur du tourisme aurait donc connu une explosion, avec une hausse de 460% ! Des chiffres qu’il faut cependant prendre avec des pincettes. Car l’Etat comptabilise toutes les personnes étrangères arrivant dans le pays, sans prendre en compte les raisons du voyage.

Si le Kosovo plait, difficile de passer à côté des clichés qui subsistent dans l’imaginaire. « Les gens, déjà, ne savent pas où c’est. Et ceux qui connaissent ont peur. Pour eux, les Albanais, c’est la guerre, la mafia… Le film Taken (dans lequel le héros doit affronter la mafia albanaise, NDLR) a eu de l’effet », s’amuse Allan Huet. Une mauvaise image qui, d’un côté, peut freiner le développement du tourisme, mais qui, de l’autre, attire. « Il y a ce côté « j’ai envie d’être le premier à y aller » ».

La plupart des étrangers viennent d’Albanie, d’Allemagne ou de Turquie. Et nombre d’entre eux sont issus de la diaspora, notamment celle de Suisse. Ils étaient ainsi 13.151 à provenir de la Confédération helvète en 2018. En comparaison, 4.496 arrivaient de France.

Quentin Billon et Allan Huet ont créé en 2018 la seule agence de voyage francophone au Kosovo, la Breath in Agency. (Innovation Center Kosovo)

Malgré ce succès croissant, le tourisme reste pourtant peu régulé par les autorités du Kosovo. Si une loi sur « le tourisme et les services touristiques » a bien vu le jour en 2013, les pouvoirs publics ne se donnent pas suffisamment les moyens de développer le secteur. « L’absence de dialogue avec le privé, le manque d’infrastructures, de marketing […] sont les éléments qui entravent le développement durable du tourisme », explique un rapport de l’Institut Democracy for Development, publié en 2017.

Selon ce document, le secteur ne contribue qu’à 1% du PIB du Kosovo, quand la moyenne mondiale atteint 3,3%. « Pour l’instant, personne ne fait rien pour changer l’image du pays », soupire Allan Huet. Les deux entrepreneurs ont pourtant été consultés par les instances kosovares pour avancer sur une nouvelle loi sur le tourisme. « Elles envisagent de mettre en place des taxes sur les séjours, de réguler les étoiles sur les hôtels et de créer des licences officielles pour les guides », précisent les deux Français.

Pas de taxe de séjour

Des dispositifs qui font défaut. Si la taxe de séjour est stipulée dans la loi en vigueur, elle n’a jamais été mise en oeuvre. En cause, le refus des hôtels de l’appliquer : « Selon les représentants des hôtels, la taxe de séjour pourrait augmenter le prix et faire descendre le nombre total de visiteurs internationaux », détaille le rapport de l’Institut Democracy for Development.

Pour Allan Huet, il s’agit pourtant d’un manque regrettable. « Le Kosovo n’investit que 100.000 euros par an dans le secteur touristique. Si cette taxe est mise en place, le budget pourrait exploser », assure-t-il. Quant aux hôtels, « chacun met les étoiles qu’il veut. Certains méritent quatre étoiles mais n’en affichent que trois car il y a des taxes à payer », complète Quentin Billon.

Certains guides touristiques seraient, eux, mal formés. S’il existe une école de tourisme à Prizren (au sud-est du pays), « elle forme plutôt à l’hôtellerie », affirment les deux Bretons. « Actuellement, les universités au Kosovo n’offrent pas d’études complètes du tourisme et de l’hôtellerie », explique l’Institut Democracy for Development. Sans licence officielle, les guides sont libres de pratiquer les prix qu’ils souhaitent, sans pour autant avoir été tous formés au préalable.

Ce manque d’ambition se retrouve jusqu’au sommet du pouvoir kosovar. Le pays est ainsi passé d’un ministère dédié au tourisme à une simple division du ministère du Commerce et de l’industrie « ce qui représente le corps le plus bas d’un ministère ». La désignation d’un nouveau gouvernement peut-il changer la donner ? L’avenir le dira. Mais Quentin Billon, lui, ne verse pas dans l’optimisme. « La nouvelle loi sera peut-être adoptée dans six mois ou… dans six ans ! » ironise-t-il.

Sylvia Bouhadra