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Ces rares Français qui misent sur le Kosovo

Quatre Français ont tout plaqué pour s’installer dans le plus jeune pays d’Europe, et y créer un restaurant ainsi qu’une agence de voyage. Nous les avons rencontrés.

Magret de canard à la pêche, côtelettes d’agneau grillés aux herbes de Provence… En plein coeur de Pristina, la capitale kosovare, se trouve Le Bouchon, un restaurant français qui fait tâche au milieu d’une majorité de kebabs.

Il y a plus de deux ans, Florie et Michaël, deux Chtis, ont fait le pari d’implanter la gastronomie française dans le pays. Le nombre de Français qui tentent l’aventure entrepreneuriale au Kosovo se compte sur les doigts de la main. Ces pionniers ont vu une opportunité à saisir dans le plus jeune Etat européen.

Tourisme et gastronomie, deux secteurs encore peu connus

« Tout est à faire ici », affirme Florie, d’origine kosovare, qui a voulu vivre une aventure et « apporter une brique culturelle à (son) pays natal ». A 40 ans, elle a quitté le nord de la France avec son mari et ses enfants.

Le constat est identique pour Quentin et Alan, deux Bretons qui ont fondé Breathe in travel, une agence de voyage destinée aux touristes francophones dans les Balkans. Ils conçoivent des circuits sur-mesure à la demande de grands opérateurs de voyage. Les deux entrepreneurs de 25 et 26 ans sont les seuls à proposer une telle offre en étant sur place. Installés depuis deux ans, ils ont senti le potentiel du pays et de la région : « Le secteur du tourisme n’est pas développé. Le gouvernement réfléchit tout juste à un projet de loi pour l’encadrer ». 

Les Kosovars ont du mal à croire au potentiel de leur pays et à son attractivité « parce qu’il n’y a pas la mer. On leur a pourtant expliqué que d’autres pays comme l’Autriche y arrivent très bien », s’amuse Quentin. Avec Alan, il a fait le tour du pays pour constater sa richesse. Les deux entrepreneurs sont aujourd’hui hébergés à l’ICK (Innovation Centre Kosovo), un incubateur de startups au coeur de Pristina. 

Créer son entreprise en 10 jours

« On a monté notre projet très facilement », précisent-ils. Selon les indicateurs Doing Business de la Banque mondiale de 2017, il faut compter une durée de dix jours pour créer une entreprise au Kosovo.

Le coût de la vie facilite le développement d’un projet. « On paye un loyer de 25 euros par mois pour profiter des infrastructures de l’incubateur », se réjouit Quentin. 

Au niveau des taxes, le guide des affaires de l’ambassade de France explique que le Kosovo applique un taux fixe d’impôt sur les sociétés pour les entreprises ayant un chiffre d’affaires annuel supérieur à 50.000 euros de 10%, tandis qu’en Albanie et Serbie, pays voisins, il atteint 15%. Le pays souhaite attirer les entrepreneurs étrangers.

Indépendant depuis 12 ans, le Kosovo se développe. « Quand on est arrivés, il n’y avait pas d’assurance de responsabilité civile professionnelle pour les agences de voyage. On a dû en faire une sur-mesure. Cela nous a pris trois mois », se souvient Alan. 

Hospitalité et amateurisme 

À l’entrée du Bouchon, on est accueilli par un « përshëndetje » (Bonjour en albanais). Les 12 employés sont tous kosovars et connaissent très peu voire pas du tout les produits français. « Un de nos serveurs a paniqué un jour parce qu’une bière belge moussait plus qu’une autre, lorsqu’il servait un client », plaisantent Michaël et Florie. « La plupart des gens ici n’ont jamais bu une goutte de champagne », poursuivent-ils. Ils ont dû faire venir un sommelier pour les former à l’oenologie. 

Tous les touristes et expatriés à Pristina sont unanimes lorsqu’il s’agit d’évoquer le caractère sympathique des habitants. « Ils sont bienveillants, prêts à filer un coup de main sans rien attendre en retour », précise Quentin. 

Un climat de confiance règne, l’insécurité n’existe pas. « Vous pouvez laisser votre iPhone sur une table, il ne bougera pas », assure-t-il. Mais à trop faire confiance, il y a un risque de se faire berner lorsqu’il s’agit de business. « L’architecte qui s’occupait des travaux du restaurant était en fait un artiste designer. Lorsqu’il nous proposait des artisans, nous ne comparions jamais avec un autre », raconte Florie. Or il faisait systématiquement travailler ses proches, pense la gérante. Elle qui travaillait dans le secteur de la grande distribution en France, où tout est calculé au plus juste, s’en indigne. Le prix et le temps des travaux ont plus que doublé à cause de ça. « Nous qui voulions nous autofinancer, on a dû demander un soutien à nos familles et à nos proches ».

Malgré tout, les quatre entrepreneurs ne regrettent pas d’avoir tenté l’expérience au Kosovo. Mais le bilan n’est pas le même pour chacun. Florie et Michaël, les restaurateurs, estiment que la population n’est pas encore prête pour la gastronomie française. « Pour eux, un restaurant français est raffiné et cher, alors que nos prix sont dans la moyenne » souligne Florie.

La décoration du restaurant est chaleureuse avec ses briques rouges au mur, ses lumières tamisées et son parquet en bois. Les clients sont principalement des internationaux ou des membres de la classe politique kosovare qui n’ont qu’à traverser la rue, alors que l’établissement est face au siège du gouvernement. « On a soit dix ans de retard, lorsqu’il y avait énormément d’étrangers après l’indépendance, soit dix ans d’avance ». Ils souhaitent néanmoins continuer l’aventure, mais plutôt dans le secteur du vin. 

Quentin et Alan espèrent une année riche en développement. « D’ici à la fin de l’année, on pense pouvoir se verser un salaire. On dit souvent qu’il faut trois ans pour qu’une agence se développe. Nous en sommes à deux. On est donc dans les temps », indiquent les deux amis, qui souhaitent à terme développer leur activité dans l’ensemble des Balkans.

Simon Tachdjian