/Rester ou partir, le dilemme de deux jeunes Kosovars

Rester ou partir, le dilemme de deux jeunes Kosovars

Avec plus d’un jeune sur deux au chômage, les opportunités de trouver du travail au Kosovo sont rares. Ce qui pousse les jeunes générations à partir à l’étranger. Mais malgré les difficultés économiques, certains veulent rester pour améliorer le sort de leur pays. Témoignages de deux étudiants, aux ambitions opposées.

Elle aime son pays mais elle doit le quitter rêvant d’un meilleur avenir. A 21 ans, Elvira Dibrani a bien compris qu’elle ne pourra pas être peintre ou sculptrice au Kosovo. La raison, selon elle: le peu d’engouement de la population pour l’art. “Ici, les gens ne comprennent rien à l’art et beaucoup pensent même que ce n’est pas nécessaire”, explique cette étudiante de deuxième année à l’université de Pristina. “On pense que c’est facile, qu’on dessine en cinq minutes et qu’on reste assis sur notre chaise le reste du temps”, déplore la jeune femme, qui dénonce le manque de reconnaissance de ce métier.

Née à Podujevë, au nord-est du Kosovo, Elvira Dibrani aimerait partir en Suisse dans trois ans, après avoir validé son master. “J’ai de la famille là-bas. Mon oncle vit à Saint-Gall avec ses enfants, et ma tante est artiste-peintre”. Selon elle, partir à l’étranger lui donnera plus de chances de réussir dans cette voie. “La mentalité est différente dans des pays comme la Suisse. Les gens s’intéressent à l’art et sont plus ouverts d’esprit”.

Pourtant, ce n’est pas par plaisir que la jeune femme souhaite partir. “J’aimerais vivre au Kosovo, c’est un très beau pays, mais ce n’est pas possible économiquement. Les jobs sont mal payés et beaucoup d’étudiants doivent faire des petits boulots pour financer leurs études ou aider leurs parents qui soit ne travaillent pas, soit sont pauvres”, analyse-t-elle.

Un salaire minimum à 150 euros par mois

Dans ce pays qui compte 1,8 million d’habitants, le chômage des jeunes est de 52,7% selon des chiffres de 2018. Pour Petrit Gashi, professeur d’économie à l’université de Pristina, cette situation est due au manque d’activité économique qui ronge le Kosovo depuis des décennies. “Tout a été détruit dans les années 90 au moment de l’éclatement de la Yougoslavie. Depuis 2000, le secteur privé a émergé, des entreprises ont été créées, il y a eu quelques privatisations, mais cela n’a pas été suffisant pour faire baisser le chômage”. Aujourd’hui, la plupart des métiers sont des emplois peu qualifiés, et le salaire minimum est d’environ 150 euros par mois.

Malgré un quotidien difficile pour de nombreux Kosovars, certains ont décidé de rester pour contribuer à améliorer le sort de leur pays. C’est le cas de Fatlind Azizi, étudiant en sciences politiques. “Il faut participer à la reconstruction de ce pays car beaucoup de personnes se sont battu pour qu’on soit libres. On doit le faire pour nos ancêtres car ils le méritent”, explique le jeune homme de 21 ans, né pendant la guerre du Kosovo, un conflit qui a eu lieu entre 1998 et 1999.

Après ses études, Fatlind Azizi aimerait prendre part aux décisions législatives. “Il y a beaucoup à faire en matière d’éducation, de santé et de développement économique”. Selon lui, les jeunes souhaitant rester au Kosovo peuvent être classés en deux catégories: ceux issus de familles intellectuelles, qui veulent reconstruire le pays et qui ont de bons moyens financiers, et puis ceux qui doivent reprendre une entreprise familiale. “Mon frère de 24 ans va rester pour reprendre le cabinet de dentiste de mon père”, ajoute-t-il. Mais il le concède, cette partie de la population est loin d’être majoritaire. “Autour de moi, j’en connais beaucoup qui veulent partir pour éviter de finir comme leur famille”, conclut-il.

Alexandre Cool