/Quand le Kosovo s’essaie au rugby
des jeunes kosovars rugbyman

Quand le Kosovo s’essaie au rugby

La fédération de rugby du Kosovo existe depuis un an. De plus en plus de Kosovars adoptent le ballon ovale et s’intéressent à ce sport auparavant réservé aux expatriés. Ils espèrent avoir une équipe nationale d’ici les prochains mois. 

« On veut que le rugby devienne un sport populaire, surtout auprès des jeunes et des femmes ». Mark Barrett, un Anglais installé au Kosovo depuis quatre ans et directeur de la jeune fédération de rugby du pays, veut donner naissance à un rugby local. À bord d’un poussiéreux van noir, sur un fond de musiques anglaises des années 1960, lui et deux bénévoles, venant de Turquie et d’Irlande, roulent vers Gjakova à près d’une heure et demie de Pristina, la capitale du Kosovo. Ils y organisent la deuxième journée de la première édition du « Children’s winter League ». Un tournoi organisé chaque semaine jusqu’à fin février, qui réunit plus d’une centaine de jeunes Kosovars, répartis en quatre équipes mixtes de différentes catégories d’âge.

Depuis un an, le pays possède la Kosovo Rugby Federation (KRF), reconnue officiellement par le comité olympique national. Mais les premières équipes ont vu le jour il y a trois ans. « Pour l’instant, il en existe deux masculines, une féminine et quatre équipes de catégories jeunes », raconte Mark, qui, pour aujourd’hui, tient le rôle d’arbitre et n’hésite pas à rappeler les règles au début du tournoi.

L’évènement se déroule au milieu des montagnes. Le terrain est au bord d’une route, sous une structure archaïque recouverte d’une bâche, sur un terrain de foot synthétique. Pour jouer au rugby au Kosovo, il faut espérer qu’un terrain de foot se libère. Ici, les terrains de rugby n’existent pas. Mais la reconnaissance de la fédération par le comité olympique lui donne du poids et de la légitimité pour se développer dans les années à venir.

Le pari du rugby à sept

« D’ici juin, on pourrait avoir une équipe nationale et participer à un tournoi à Paris », espère Merve, une expatriée turque installée au Kosovo depuis un an, bénévole et joueuse des Balkan Lynx, seule équipe féminine. La fédération développe principalement du rugby à sept. « Ça demande moins de joueurs et les tournois à l’international sont plus ouverts que le rugby à 15 », explique Mark. Problème ? Une équipe nationale doit être composée d’une majorité de Kosovars. Pour l’instant, les équipes d’adultes sont encore composées d’une moitié de joueurs expatriés.

En développant l’amour de l’ovalie chez les plus jeunes, le sport pourrait à terme devenir majeur dans le pays où seuls le basket et le foot dominent. Pour le moment, on estime entre 250 et 300 le nombre de joueurs et joueuses dans le pays, tous âges et sexes confondus. « Nous sommes en relation étroite avec la fédération des sports universitaires pour que le rugby entre dans les campus et se démocratise ». Les Kosovars ont encore des a priori sur ce sport, considéré parfois comme trop violent.

Cette jeune fédération n’a pas encore trouvé d’assurance internationale pour couvrir les équipes. L’an dernier, une joueuse des Lynx s’est fait une rupture des ligaments croisés. Les hôpitaux publics ne pouvaient pas l’opérer avant un délai d’un an, elle a donc dû aller dans une clinique privée. L’opération a coûté 4.000 euros. « On a lancé une cagnotte. Grâce à la solidarité des gens du monde entier, on a pu couvrir les frais », se réjouit Merve. 

Le soutien international se ressent aussi sur les maillots, dont certains sont floqués du logo de l’université de Bristol, au Royaume-Uni. Pendant le tournoi, des shorts, des crampons, des casques et maillots de différentes tailles sont distribués. Les équipements proviennent de l’association britannique SOS Kit AID, reconnue par la fédération internationale, qui récolte du matériel dans les clubs de pays développés pour les distribuer ensuite dans ceux en voie de développement. 

S’aérer le corps et l’esprit 

Le stade résonne au son des rires et des encouragements des familles venues assister au tournoi. Les enfants courent dans tous les sens, se font des passes, parfois en-avant. Mais ici, « c’est toléré ».

Plus qu’ailleurs le sport est au Kosovo un moyen de se vider la tête. Pour Fatos, jeune Kosovar de 21 ans et joueur dans l’équipe des Bears de Pristina, le rugby « m’a permis d’arrêter de fumer et de réduire ma consommation d’alcool. J’ai aussi appris ce qu’était l’esprit d’équipe » admet-il, lui qui se présente comme quelqu’un de solitaire. C’est aussi un moyen de rencontrer de nouvelles personnes. « Être avec des gens qui viennent du monde entier me permet de connaître les cultures d’ailleurs et de m’évader » explique Aferdita, joueuse des Lynx.

Le Kosovo ne bénéficie pas de la libéralisation des visas, ses habitants doivent donc faire des démarches compliquées pour obtenir le droit de quitter le territoire. Mais grâce au rugby, Aferdita a pu voyager pour participer à un tournoi en Grèce. « Le ministère des Sports nous aide pour toutes ces formalités administratives » affirme Mark Barrett.

La prochaine étape est d’être reconnue par la fédération internationale du rugby amateur, la Rugby Europe, qui permettrait la création d’une équipe nationale et espérer intégrer des tournois internationaux de rugby à sept. Mais l’Anglais en charge d’un projet pour le ministère de l’intégration européenne au Kosovo espère avant tout que le rugby permette de rassembler les minorités dans le pays. « Certaines sont intéressées par ce sport, mais il faut maintenant les convaincre de l’essayer ».

Simon Tachdjian